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Répondre à : Enseignante recherche formation

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Bonjour,

Merci beaucoup de votre message; notre discussion intervient tout à propos car je viens d’interroger l’inspectrice à propos d’élèves DYS, mais cela s’applique à tous les élèves qui auraient besoin d’un temps dédié dans la semaine pour faire le point avec leur professeur; voici la réponse: “l’école doit être totalement inclusive et il faut faire de votre mieux avec ce que l’on vous donne”. Un vrai challenge donc pour ne pas dire une gageure.

Dans mes classes, j’ai eu plusieurs élèves précoces, avec des profils tout à fait différents:
– J’ai eu un élève qui semblait tout à fait passif; c’est avec lui que j’ai commencé à me sensibiliser à la question car il subissait les cours, restait en retrait, tout en maintenant une petite moyenne, bien en-dessous de ses capacités. J’ai tenté des livres sur des thèmes très variés, notamment la science car c’était ce qui le passionnait. Cela n’a pas été une grande réussite, de mon point de vue…
– L’an dernier, j’ai eu dans la même classe deux élèves précoces beaucoup plus actifs, qu’il fallait “nourrir”. L’ennui qu’ils pouvaient éprouver à se retrouver dans des classes où d’autres ne savaient pas lire leur faisait envisager la déscolarisation; ce sont leurs parents qui m’en ont parlé quand je les ai rencontrés.
Ces élèves sont extrêmement stimulants pour l’enseignant car ils nous amènent à envisager un autre point de vue sur les choses. Mes collègues et moi leur donnions des pistes supplémentaires à explorer à la maison, pour prolonger le cours; je pense notamment à ma collègue de maths qui leur a proposé (j’ai oublié le nom du site mais cela se trouve sur l’académie de Strasbourg; c’est en ligne et si cela vous intéresse, je le retrouverai facilement). En classe, certaines de leurs questions ou de leurs remarques m’ont invitée à adapter certains exercices, à en proposer d’autres. Par exemple, j’ai beaucoup travaillé le débat argumenté avec cette classe et les travaux de réflexion en groupe, à partir de sujets d’actualité, pour aiguiser leur sens critique. Ils ont stimulé les autres élèves et cela a vraiment été très agréable. Ils étaient tout à fait intégrés et bien dans leur peau.

– J’ai accompagné le fils d’une amie, qui était lui en grande souffrance. Son idée était qu’on le prenait pour un “débile”; il baissait les bras et souffrait de phobie scolaire. Le gros travail a été de le remotiver et de lui redonner confiance en lui, en lui faisant rencontrer des gens de l’établissement que je savais pouvoir l’aider: infirmière scolaire, conseillère d’éducation, conseillère d’orientation et j’ai alerté son professeur principal, qui ne connaissait rien à la précocité et ne le voyait que comme un “casse-pieds”. Je sais qu’un collègue l’a pris quelques heures en particulier (mais là encore, c’est le professeur qui le fait de sa propre initiative et bénévolement); il lui a appris à travailler à partir de cartes mentales, ce que le jeune homme ne connaissait pas et cela l’a bien aidé, dans plusieurs matières. Le simple fait d’avoir des référents et des gens qui croyaient en lui au lycée l’a bien porté. Un aménagement lui a été donné au bac; un tiers-temps dont il avait besoin même si c’était surtout la compréhension des consignes qui posait problème. Il a derrière lui une maman hyper concernée, qui fait tout pour l’aider. Il a aussi vu une coach, par skype, pendant quelques semaines.

En bref, j’essaie d’établir une relation de confiance avec l’élève car je sais que les EIP sont très sensibles. Savoir qu’on est là, qu’on sait ce qu’est la précocité et qu’on reste disponible en cas de besoin ; dans mon cas, cela a représenté la moitié du travail. J’essaie de les solliciter à l’oral dans la classe car pour beaucoup la prise de notes est compliquée. J’ai été surprise, dans les premières années, quand je les sentais distraits, de voir qu’en fait ils écoutaient et retenaient tout sans avoir besoin d’écrire. Cela doit faire rire certains parents qui me lisent mais pour moi c’était une vraie découverte!

Les écueils pour eux sont les épreuves du bac, enfin il me semble: leur demander de produire un commentaire ou une dissertation, qui sont des écrits très codifiés, est compliqué. Faire le commentaire en plusieurs pages d’un texte qu’ils ont instantanément compris et dont ils ne voient pas l’intérêt de parler jusque dans le détail leur semble vain. Ce sont des élèves atypiques à qui on demande de produire des écrits normalisés; cela coince forcément! Là encore, cela dépend vraiment des élèves car ils sont tous différents, mais c’est ce que j’ai pu observer. En effet, les deux élèves dont j’ai parlé ont immédiatement maîtrisé les exigences de l’exercice alors que pour le fils de mon amie les révisions en fin de première ont été compliquées. Heureusement, son à-propos a fait qu’il a pu assurer la deuxième partie de l’oral, qui est un entretien, un échange dialogué. En fait, je crois qu’il faut systématiquement leur expliquer l’intérêt de ce que l’on fait; cela nous permet aussi de nous interroger aussi sur le bien-fondé de tel ou tel aspect du programme… on a tous à y gagner!

Vous me demandez quels sont mes souhaits en tant qu’enseignante; je souhaite quitter l’Education nationale et fonder ma propre école, quand je le pourrai. Tant que je suis encore dans l’Education nationale, j’aimerais qu’on arrête de nous demander de faire des élèves qui nous sont confiés des être moyens, pour ne pas dire médiocres, tous coulés dans le même moule, et de leur fournir un “prêt à penser” ; mais cela ne semble pas à l’ordre du jour… nos enfants méritent tellement mieux! Dans nos classes de 35 élèves, surtout en seconde, c’est l’hétérogénéité qui pose problème, justement…

J’aimerais vraiment aller rencontrer et observer des collègues qui accueillent spécifiquement des élèves précoces, dans leurs classes ou dans leurs établissements; si certains sont disposés à m’accueillir, je serais ravie. J’habite près de Lyon.

J’espère avoir répondu à vos questions; j’aimerais avoir les avis et les conseils d’autres collègues car là vous n’avez qu’un aperçu de ce que j’ai tenté de faire, en m’adaptant comme je le pouvais aux élèves que j’avais devant moi.

A bientôt