Répondre à : Il était une fois, une planète… avec plein de gens différents dessus…
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Cher Christophe,
Votre message m’a époustouflé ! Vraiment !
Il y a tant de choses qui se recoupent avec notre propre histoire !
Je suis une humble graphiste (comparée à vous !) et correctrice indépendante, après avoir fait une école d’architecture d’intérieure à Lyon. J’ai bossé ensuite comme coloriste BD, et je me suis dirigée vers le graphisme ensuite, et correctrice récemment (j’ai une passion pour l’orthographe et la littérature). Mon mari a divagué longtemps dans des boulots qui ne l’épanouissaient pas, dans lesquels il s’ennuyait. Il disait toujours “je suis sous exploité !”. Maintenant, il est enseignant depuis 3 ans et il s’épanouit enfin ! Nous habitons en Bretagne. Mais je suis originaire de Rochefort-sur-Mer !
C’est drôle car d’habitude, on se retrouve sur ce site pour parler de nos enfants, et là c’est plutôt en tant qu’adultes qu’on se reconnaît !
Mon mari et moi sommes un peu comme votre compagne et vous : mon mari (qui est aussi artiste et passionné de montagne) est très créatif, très adaptable, réfléchit beaucoup sur tout tout le temps. Moi j’étais beaucoup plus rigide. Je me reconnais pas mal dans la description que vous faites de votre compagne. Mais c’était avant ! Nous avons fait un long chemin pour nous adapter l’un l’autre. Nous avons découvert que nous étions zébrés à travers nos enfants (ils sont 6… on est un peu fou dans la famille… ça fait un beau troupeau de zèbres… et chacun ses rayures !). Pour mon mari, ça a été un peu comme une révélation : “mais voilà ! tout s’explique !!” et pour moi, ça a été un refus total dès le départ. Oui, c’est sûr, mon mari était un zèbre. Mais moi, je me sentais plutôt cruche. Normal, quand on pense tout le temps dans tous les sens, qu’on se sent comme “à part”, qu’on a du mal à s’intéresser aux conversations vides de certaines personnes de notre entourage, c’est qu’on est un peu bête. Bête de ne pas arriver à rentrer dans le moule, d’avoir cette impression de déconnexion permanente des autres (sauf avec certaines rares personnes).
Il me semble, en tout cas c’est ce que j’ai vécu, que cette posture que vous décrivez comme rigide est une protection, une carapace qu’on se met quand on sent qu’on est hyper vulnérable. Tout le travail pour moi a été d’accepter petit à petit cette particularité : être un zèbre. Et je peux vous dire que ça a été un vrai combat contre moi-même, contre le personnage que j’avais forgé pour me protéger depuis l’enfance. J’ai fini par accepter que mon hyperémotivité faisait partie de moi, que je n’avais pas à en avoir honte, que c’était ça aussi qui faisait de moi une artiste, qui me donnait cet attrait pour la langue française, pour son chant, ses mots, sa belle écriture ; qui me donnait aussi cet amour et cette compréhension particulière des enfants, les miens comme ceux que je croise ailleurs, et qui me donne (nous donne ! Mon mari est pareil !) cet optimisme débridé (ce manque de réalisme pour les rabat-joie) qui fait qu’on est sûr que demain sera meilleur.
J’ai lu des livres sur le sujet, j’ai potassé sur internet, j’ai été très encouragée par mon mari, et j’ai fini par aller voir une professionnelle près de chez nous, qui m’a confirmé cela. Elle a fait exprès d’utiliser le terme “surdoué”, que je n’aime pas du tout, pour me “réveiller”, pour que je comprenne bien et que ça rentre dans ma caboche dure comme le granit breton. J’ai pleuré tout ce que j’ai pu, j’ai eu un espèce de vertige… ça fait mal quand les murs se fissurent ! Et puis petit à petit, j’ai commencé à accepter que mes rayures se dessinent à nouveau. Les murs s’effondrent un par un. Ce n’est pas encore fini car on n’abat pas comme ça près de 40 ans de fortifications !
Tout ça pour vous dire que votre compagne a peut-être un chemin à faire. Mon mari a été exemplaire de patience et de bienveillance. Il me dit maintenant qu’il a eu souvent la tentation de la fuite devant mon esprit obtus, ce manque de douceur, presque d’humanité parfois. Mais il savait que j’avais besoin de guérir des blessures, de découvrir qui j’étais. Et puis, on dit souvent que c’est beaucoup plus difficile pour les femmes d’accepter leurs zébrures. Je ne sais pas pourquoi, mais ça a l’air vrai.
Bon finalement, je n’ai répondu qu’à votre seconde question. Mais moi aussi je pourrais parler de cela pendant des jours !
Si vous avez envie de partager, on pourra parler de votre fils ensuite. Nous avons deux enfants au lycée (17 et 15 ans), un au collège (13 ans), et les autres en primaire et maternelle (10, 8 et 4 ans). Le sens du vent en Bretagne étant principalement “à l’ouest”, ce n’est pas toujours simple non plus !
A bientôt, j’espère, de vous lire encore, même si c’est long 😉
Claire
