Répondre à : Portrait d'un jeune précoce, désemparé et confronté au vide qui le bouffe.
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Salut Sylvain. Je ne sais pas si tu vas voir ce message étant donné que cela fait plus d’un mois que le sujet n’a plus de réponses, mais ne sait-on jamais. En tout cas, je tenais à te répondre.
Je ne sais pas non plus par quoi commencer alors commençons par là. Je comprends très bien ce que tu peux ressentir quand tu fais des hors-sujets ou que tu n’arrives pas à terminer tes compositions et commentaires en français, voire même en histoire car il y en a également. Je suis actuellement en Première S et j’ai moi-même du mal avec ça, particulièrement avec les plans. Sur les 3h ou 4h de DST qu’on a, je passe en moyenne une heure et demie sur le plan. Juste pour trouver les grandes axes et le sous-parties ! Ainsi quand je cherche à en créer un, j’alterne plusieurs phases : tout d’abord je fais la première ébauche. Oui, c’est pas mal, ça peut le faire ; il ne reste plus qu’à trouver les deux-trois sous-parties manquantes. Et c’est là que tout s’écroule : soit je n’en trouve pas, soit je remets tout le plan en question. “Et si ce n’est pas ça ? Et si je fais un hors-sujet ? Les deux parties se répètent, je devrais les changer…” Je reprends tout à zéro, le temps passe, je dois commencer à rédiger, alors je bâcle. Là où j’ai de la chance, c’est que je n’ai jamais eu de hors-sujet en commentaire. En revanche, j’en ai eu plusieurs en maths. Oui, en maths. Tout simplement parce que je n’étais pas capable de recopier correctement la fonction, mettant un plus à la place d’un moins, voire me trompant carrément de fonction dans le cas d’une égalité. Résultat : une page entière barrée avec le fameux “HS” en gros, rouge, symbole d’une mauvaise lecture d’énoncé qui coûte énormément en DST pour une matière à coefficient 7 dans la moyenne.
Je comprends également très bien tes réactions face aux notes. Elles tombent comme un couperet, remettent en question les capacités, les efforts, le travail et entraînent la spirale infernale de questions et d’affirmations biaisées du moment : “Je suis nulle, je ne suis pas capable de lire un énoncé, j’ai fait un hors-sujet, qu’est-ce que je fais dans cette filière ? Je n’ai pas le niveau…”. Et cette spirale n’est qu’un cercle vicieux qui empêche de remonter la pente car elle prépare les multiples questionnements lors des prochaines évaluations qui deviennent dès lors des punitions, un échafaud.
Je pense que tu es toi-même dans cette spirale, ce tourbillon qui dévaste tout sur son passage. Tu te poses énormément de questions, et elles sont surtout liées à un manque de confiance en soi, à mon avis. Je te dirais bien d’avoir plus confiance en toi mais c’est trop facile à dire et presque impossible à appliquer. Pour t’aider, je te dis donc qu’il serait plus judicieux de procéder par étapes. Par exemple, tu te mets en tête un objectif et tu essaies de le réaliser. Une fois que tu l’as réussi, tu t’en fixes un plus grand. Et en cas d’échec, car tout peut arriver, il faut réagir vite et réessayer plus tard, te dire que ce n’était peut-être pas le bon moment ou que tu feras mieux ensuite. Ça, c’est surtout par rapport aux études que tu finiras probablement par reprendre un jour.
Si tel est toujours le cas, tu cherches ta voie. Je sais que cela peut être dur, même si je n’ai pas vécu de telles interrogations. Je me suis évidemment posée des questions qui remettaient en cause le métier que j’avais choisi mais ce n’est pas allé jusque là. Je ne sais pas si le conseil que je vais te donner fonctionnera mais tu peux toujours essayer. Tu dis que tu as une volatilité dans les passions. En soit, c’est une bonne chose : ça signifie que tu as vu beaucoup d’horizons donc que tu as davantage de choix par rapport aux autres. Mais c’est là tout le problème car, si j’ai bien saisi, tu ne sais pas quoi choisir. Alors, étant donné que tu changes souvent d’idées, tu devrais voir si certaines idées de métiers ne te sont pas revenues plusieurs fois et éventuellement t’orienter vers celui-là pour commencer. Après, comme l’a déjà dit quelqu’un plus haut, tu n’es pas obligé de choisir qu’un seul et unique métier. Pour ma part, j’en ai deux en vue : astrophysicienne et écrivaine.
Il me reste ensuite deux points à aborder. Le premier, c’est l’amitié. Ce qui pourrait t’aider, c’est de trouver un ami ou une amie qui est comme toi, je sais combien c’est nécessaire. J’ai eu l’inestimable chance de rencontrer grâce à un internet une personne de mon âge, qui pense comme moi, qui voit le monde à travers le même prisme et qui a les mêmes centres d’intérêt que moi. C’est désormais ma meilleure amie et ma grande sœur. D’après ce que tu as dit, tu as été déçu par des amies et je peux comprendre. Maintenant, il existe des associations pour les enfants précoces qui organisent des rencontres, des choses comme ça, il me semble. Il y a ce forum, par exemple. Je peux t’assurer que le simple fait d’écrire à des personnes qui te comprennent peut te faire du bien, alors tu devrais essayer.
Et pour terminer, je vais te parler d’antimatière. J’ignore si tu vois ce que c’est. L’antimatière est l’opposée de la matière, elle lui ressemble en tout point mais possède une énergie négative et s’annihile donc avec la matière qui a, elle, une énergie positive. L’Univers est gouverné par la loi de la symétrie, qui peut être assimilée à une loi d’ordre. Or, cette loi n’est pas respectée dans le cas de l’antimatière, car si elle l’était, il y aurait autant d’antimatière que de matière. Or, l’antimatière est très minoritaire puisque tout ce qui nous entoure est composé de matière. Cette digression passée, je vais relier tout ça à ce qui nous intéresse : il n’y a pas de symétrie dans les fonctionnements de la pensée entre personnes. Comme tu as pu le constater, davantage de personnes pensent dans la “norme”, plutôt qu’en arborescence ou tout simplement différemment. C’est ce qui fait que tu ne te sens pas en phase avec les autres, parce que lors d’une conversation, il paraîtrait qu’il y a une synchronisation des cerveaux et qu’on s’imite mutuellement et inconsciemment. S’il n’y a pas résonance, on ressent alors une sensation de gêne, de déphase, de décalage. Dans mon analogie, les personnes pensant différemment sont l’antimatière quand les autres, la majorité, sont la matière. Or, la question que les scientifiques se posent n’est pas d’où vient l’antimatière : c’est d’où vient la matière ?
Tout ça pour te dire que la norme dépend du point de vue et que tu devrais être fier de penser différemment. Si tu te sens hors-norme, pense que ce sont les autres qui le sont et reste toi-même.
Voilà, c’était au cas où tu passes toujours par ici. Si jamais tu lis ce message, j’aimerais bien savoir où tu en es maintenant, si ta situation a évolué, etc.
